
Une « guerre » entre Céline Dion et Lara Fabian : retour sur une rivalité supposée
Pendant des années, l’idée d’une rivalité sourde entre Céline Dion et Lara Fabian a circulé en filigrane dans le paysage médiatique, nourrie par les récits de coulisses et les non-dits de l’industrie musicale. Un livre récent est venu raviver cette hypothèse en évoquant une véritable « guerre » entre les deux voix emblématiques de la chanson francophone. Mais que s’est-il réellement passé derrière les projecteurs ? Cette opposition tant commentée repose-t-elle sur des faits établis ou sur une construction narrative séduisante, mais fragile ?
L’histoire aurait pu rester une rumeur de plus, enfouie dans les marges d’un livre de souvenirs et relayée, comme souvent, par l’écho amplificateur des médias. Mais en ce début d’année 2026, elle a trouvé un démenti clair, public et sans équivoque. Rick Allison, compositeur, producteur et compagnon artistique de Lara Fabian depuis ses débuts, a tenu à rétablir les faits face aux accusations évoquant un prétendu conflit entre Céline Dion et la chanteuse belgo-canadienne.
Dans une vidéo publiée sur Facebook le 8 janvier 2026, Rick Allison a rejeté en bloc les affirmations contenues dans l’ouvrage It’s All Coming Back To Me de Vito Luprano, ancien producteur exécutif de Céline Dion. « Tout est totalement faux. Il n’y a jamais eu d’empêchement de la part de Céline Dion ni de René Angélil sur la carrière de Lara Fabian », a-t-il déclaré. Une phrase nette, sans détour, qui vise à clore un récit présenté comme une vérité longtemps dissimulée.
Le livre de Vito Luprano, largement commenté, avançait l’idée d’une rivalité féroce entre deux voix majeures de la chanson francophone. Selon cette version, la tension serait née à la fin des années 1980, dans le sillage du Concours Eurovision de la chanson. Céline Dion y remportait la victoire en 1988 pour la Suisse avec Ne partez pas sans moi, tandis que Lara Fabian, représentant le Luxembourg, terminait à la quatrième place. Vito Luprano affirmait que des propos attribués à Lara Fabian, se disant « meilleure chanteuse » malgré sa défaite, auraient provoqué la colère de Céline Dion et déclenché une animosité durable.

Céline Dion s'exprime sur scène lors de la 66e cérémonie des Grammy Awards à la Crypto.com Arena, le 4 février 2024 à Los Angeles, en Californie I Source : Getty Images
Toujours selon ce récit, cette prétendue hostilité aurait pris une dimension professionnelle lorsque Lara Fabian s’apprêtait à signer avec Sony Music, maison de disques désireuse de lancer sa carrière en Amérique du Nord. Céline Dion aurait alors menacé de rompre sa collaboration avec le label, entraînant, d’après l’auteur, une mise à l’écart de Lara Fabian. Des révélations spectaculaires, dessinant le portrait d’une industrie musicale impitoyable, où la concurrence se transformerait en guerre d’influence.
Rick Allison oppose à cette narration une chronologie précise et factuelle. Il rappelle d’abord que Lara Fabian a bel et bien signé avec Sony Music en 1998, sans entrave ni veto caché. Selon ses dires, la seule demande de René Angélil c’était que Céline et Lara ne soient pas sur le même label. Une requête présentée non comme une manœuvre de blocage, mais comme une décision stratégique classique dans un milieu où les équilibres artistiques et commerciaux sont délicats.

Lara Fabian assiste à la 11e édition de l'Eva Longoria X Global Gift pendant la Fashion Week de Paris, à l'hôtel Four Seasons George V, le 30 septembre 2023 à Paris, en France I Source : Getty Images
Le producteur a insisté également sur les résultats concrets qui ont suivi cette signature, loin de l’image d’une carrière sabotée. Le premier album en anglais de Lara Fabian s’est écoulé à trois millions d’exemplaires dans le monde. Sur ce total, 500 000 copies ont été vendues aux États-Unis, 500 000 en France, et deux millions dans le reste du monde. Des chiffres qui témoignent d’un succès international solide, incompatible avec l’idée d’une artiste volontairement freinée ou marginalisée par l’industrie.
À la lumière des déclarations de Rick Allison, le récit d’une « guerre » entre les deux artistes apparaît aujourd’hui comme une construction narrative non étayée par les faits qu’il avance. Sans nier l’existence de sensibilités, d’ego ou de stratégies propres à toute grande carrière, le producteur récuse fermement l’idée d’un sabotage ou d’une volonté de nuire.
Révélée très jeune au Québec, Céline Dion s’est imposée comme l’une des artistes les plus influentes de la scène internationale. Sa victoire à l’Eurovision en 1988 marque un tournant décisif, avant son installation durable dans le cœur du public français puis mondial. En France, ses collaborations avec Jean-Jacques Goldman donnent naissance à des albums devenus cultes, alliant exigence musicale et émotion populaire. Parallèlement, sa carrière anglophone la propulse au rang de superstar planétaire, avec des ventes records et des tournées colossales. Céline Dion incarne ainsi une réussite exceptionnelle, fondée sur la discipline, la longévité et une reconnaissance internationale rarement égalée.
Lara Fabian a, elle, construit sa carrière sur un autre tempo, porté par une voix puissante et un registre émotionnel profond. Après ses débuts en Europe et son passage remarqué à l’Eurovision, elle s’impose progressivement grâce à des chansons introspectives qui rencontrent un large écho auprès du public francophone. Son succès ne se limite pourtant pas à cet espace : elle développe une carrière internationale, notamment en Amérique du Nord, et enregistre en plusieurs langues. À travers ses albums et ses interprétations habitées, Lara Fabian forge une identité artistique distincte, marquée par la sincérité et une relation intense avec son public, loin des formats standardisés.
