
D’un enfant « mutique » à une carrière populaire — Pascal Légitimus se raconte
Il est l’un des visages les plus familiers de l’humour français. Un rire franc, une présence généreuse, une capacité rare à faire surgir la comédie là où on ne l’attend pas. Et pourtant, derrière la carrière lumineuse de Pascal Légitimus se cache une enfance marquée par le silence, l’effacement et une longue traversée intérieure. C’est ce paradoxe intime que l’humoriste a accepté de dévoiler, sans détour, dans le podcast Coloscopie, animé par Pascal Baffie, le 7 janvier 2026.
« J’étais un enfant mutique, introverti, timide… inexistant », confie-t-il d’emblée. Les mots sont simples, presque bruts. Ils disent pourtant l’essentiel : avant d’être un homme de scène, Pascal Légitimus a longtemps été un enfant sans voix. Un enfant que la vie a contraint très tôt à se taire.

L'humoriste et acteur Pascal Légitimus pose lors d'une séance photo à Paris, en France, le 11/12/2019 I Source : Getty Images
À l’âge de deux ans, il est frappé par ce qu’il appelle une « maladie des os ». Le diagnostic est sévère. Le médecin redoute la poliomyélite, doute de sa capacité à marcher. La décision est radicale : il faut du soleil, du repos, du calcium. Pascal est alors envoyé dans un sanatorium pour enfants malades, à Hyères, à l’hôpital San Salvadour. Pendant près d’un an, il vit éloigné de ses parents, allongé sur un lit face au soleil, entouré d’enfants atteints de pathologies parfois plus lourdes encore.
De cette période, les souvenirs sont flous, presque effacés. « Je n’ai pas beaucoup de souvenirs, si ce n’est que la parole ne marchait pas », dit-il. Le silence s’installe, durablement. Il y a bien une infirmière allemande, une figure vaguement rassurante, mais peu de visites familiales : le manque d’argent, la grossesse de sa mère, la distance. Lorsque Pascal rentre enfin chez lui, il a presque quatre ans. Entre-temps, un petit frère est né. Symboliquement, sa place a changé. Lui, l’aîné fragile, devient l’enfant transparent.

Pascal Légitimus assiste à la première du film « À La Belle Étoile » au Grand Rex, le 9 février 2023 à Paris, en France I Source : Getty Images
De quatre à dix ans, il vit dans un monde intérieur, coupé de l’expression. À l’école, il comprend, mais ne parle pas. Il ne parvient pas à traduire sa pensée en mots. L’enfance est un territoire hostile, peuplé d’incompréhensions et de frustrations. Rien ne sort. Rien ne s’impose. Jusqu’au jour où tout bascule.
Ce déclic, il survient à l’âge de dix ans. Son père, inquiet, sent que laisser cet enfant dans le silence serait une erreur irréversible. Il l’inscrit au théâtre. Ce geste, simple en apparence, va changer une vie. Pascal est engagé dans une comédie musicale pour enfants, La Planète inconnue, produite par Marthe Mercadier. Sur scène, il partage l’affiche avec un autre enfant qui deviendra comédien : Éric Métayer.

Pascal Légitimus pose lors d'une séance photo à Paris, en France, le 24/08/2017 I Source : Getty Images
C’est là que le miracle s’opère. Pascal apprend à chanter, à danser, à faire des claquettes. Mais surtout, il découvre un espace où il peut enfin exister. « Quand j’étais sur scène, j’étais heureux », raconte-t-il. Là où la vie quotidienne lui refusait la parole, la scène l’autorisait à s’exprimer. Le théâtre devient son refuge, son langage, sa réparation.
Ce contraste est fondamental pour comprendre la suite de sa carrière. Pascal Légitimus ne vient pas à l’humour par goût du bon mot ou par esprit de provocation. Il y vient par nécessité vitale. La scène est le seul endroit où il se sent légitime, audible, vivant. Dès lors, il ne la quittera plus.

Pascal Légitimus assiste à la présentation du menu « Twisted » du chef Pierre Gagnaire au restaurant Fouquet's Paris I Source : Getty Images
Cette énergie, cette expressivité retrouvée, irrigueront plus tard ses choix artistiques. Des débuts au théâtre à l’explosion populaire avec Les Inconnus, Pascal apporte toujours cette densité émotionnelle singulière, souvent dissimulée derrière le rire. Car son humour n’est jamais gratuit. Il est incarné, vécu, nourri d’une histoire personnelle où la résilience n’est pas un concept abstrait, mais une expérience intime.
Dans Coloscopie, il évoque cette notion avec une image parlante : « La politique du bouchon de liège. Plus on l’enfonce, plus il remonte à la surface. » Cette phrase résume à elle seule le parcours de Pascal Légitimus. Un enfant que la vie a tenté de maintenir sous l’eau, et qui a trouvé, par l’art, le moyen de refaire surface.

Les humoristes et acteurs français Didier Bourdon, Bernard Campan et Pascal Légitimus forment le trio comique Les Inconnus I Source : Getty Images
Des années plus tard, il retourne à l’hôpital de San Salvadour. Un pèlerinage intime. « Ça m’a fait du bien », confie-t-il. Comme si affronter ce lieu, cette origine silencieuse, permettait de refermer une boucle. Le passé ne disparaît pas, mais il cesse de peser.
